mardi 3 janvier 2012

Lacheté

Il fallait que j’écrive de nouveau un billet sur notre amie Céline qui a eu cet accident de la route (voir billet du 26 octobre).

Elle est partie.

L’essence de ce qu’elle était n’est plus accessible.

Il reste son corps dans un état végétatif.

Alors j’ai fui et j’en ai honte. Je suis lâche.

On discute beaucoup de l’âme. On dit que l’être humain ne peut être réduit à un ensemble de cellules qui fonctionnent ensemble selon un modèle biologique bien connu, et qu’il y a AUTRE CHOSE ! Que l’on peut communiquer autrement avec l’âme.

ok

J’aimerai croire que toutes mes pensées, mes rêves, ma capacité de communiquer, d’aimer ne dépendent pas de zones encéphaliques, de pauvres petites cellules incapable de se renouveler…

Ok

Alors venez voir un être humain qui a une partie de son cerveau fichu et dites-moi quelle est cette AUTRE CHOSE qui reste de lui ?????? Parlez-moi de cette autre façon de communiquer que l’on pourrait établir avec lui…..

Si ses yeux s’ouvrent et qu’en plongeant notre regard en eux, on ne perçoit que du vide, une absence de conscience, on est sensé faire quoi ?

Quelque part dans la masse spongieuse qui nous sert de cerveau, il y a une zone de nerfs qui vont donner un sens aux bruits et paroles entendus par les tympans. Si cette zone est fichue, peut-être que la personne atteinte entend mais elle n’est plus capable de COMPRENDRE ce qu’elle entend. Communiquer avec une telle personne, coupée du monde, n’est donc plus possible, c’est CELA la réalité….

Je ne me sens pas capable de communiquer mon amour, ma force à un corps sans esprit, je n’y arrive pas et cela me rend malade de ne pas y arriver !

Malade parce que je sais que c’est la peur de ce que je suis qui me fait fuir. Je ne suis rien que le résultat d’un miraculeux équilibre entre les différentes parties de mon corps. Mon esprit ne nait que du fonctionnement de mes cellules et sans certaines d’entre elles, je n’ai pas/plus d’identité, c’est terrifiant d’y penser.

Oui, je suis terrifiée de cette vulnérabilité ! Pour moi-même et ceux qui me sont chers. On dit qu’on a peur pour leur vie. J’avais déjà appris que l’on pouvait perdre un être cher parce qu’il ne vivait plus mais maintenant je sais que nous pouvons perdre définitivement un être cher qui reste en vie et cette prise de conscience m’a volé mon sommeil.

Que vaut la vie sans la conscience d’être en vie ?

3 commentaires:

pakita a dit…

bonsoir
depuis quelques jour je parcours ton blog (je crois que je viens de puis chez Ella B.) et je me régale bien sûr. Et puis ce soir je tombe sur ce billet, et pour la première fois je pense que peut-être je peux t'aider.
J'ai un fils de 8 ans qui est autiste typique de kanner. Autiste quoi, sans les fioritures. C'est à dire qu'il a du mal à être en rapport avec le monde, qu'il ne réagit pas aux codes sociaux, aux langages du corps, à la subtilité du langage. Qu'il a du mal surtout à regarder le monde pour ce qu'il est et qu'il ne le conçoit qu'en fonction de ce qu'il ressent.
Lorsque son autisme a émergé, il avait alors environ 2 ans, notre fils est devenu mutique. Il a cessé de parlé, il a cessé de communiquer, de toutes les manières possibles. Ni parole, ni regard, ni geste. Rien. Il nous laissait seul à sa porte, il restait seul dans son monde.
Il nous a fallut trouver un moyen pour ne pas l'abandonner, trouver un moyen de communiquer avec lui, malgré lui !
Comme toi face à ton amie, je pensais que ce n'était pas possible. Et puis petit à petit nous avons trouvé le moyen. Il fallait juste être. Être soi et l'offrir sans rien attendre, juste donner parce que c'était la seule chose qui restait. Un échange implicite, tu vois ? Ne pas attendre la réponse de l'autre, mais de soi-même. Savoir que ce qu'on dit ou ce qu'on fait n'est pas destiné à mourir dans le vide, mais à nourrir un échange, même si il n'est pas visible.
Il a fallut presque 2 ans à notre fils pour revenir vers nous, réapprendre à nous parler, à nous entendre. Aujourd'hui alors qu'il est dans le langage, il a des souvenirs de ces jours sombres où nous le pensions seul, fermé. Il parle de manière assez précise de ce temps où il ne semblait plus rien entendre.
Alors je t'encourage à garder espoir, non pas en ce qu'elle peut entendre de toi, mais en ce que tu es capable de lui dire. Car ces mots ne seront jamais inutile, pour peu que toi-même tu puisses les entendre.
Courage.

Helianthine a dit…

Pakita, je suis très émue à la lecture de ton commentaire puis de ton blog que je suis allée voir et que je prendrai le temps de découvrir dans les jours qui viennent. Tes mots ouvrent une porte. Je ne te dirai jamais assez merci pour cela!

Françoise a dit…

Personne n'est lâche, Hélianthine, on se protège comme on peut, on agit comme on peut, c'est tout.
Le commentaire de Pakita est très beau, et très émouvant, oui. Elle dit des choses tellement vraies et justes. Elle a raison, les mots ne sont jamais inutiles, même si l'on pense que l'autre ne nous entend pas.
Je t'embrasse fort.